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Les EUA sont-ils toujours une "hyperpuissance" ?

23 Février 2014 , Rédigé par prof Publié dans #hist T4 c - La gouvernance éco mondiale depuis 44, #hist T3 a - Les États-Unis et le monde depuis 1918

Voici un entretien avec un ancien ministre des Affaires étrangères français qui analyse l'ordre mondial actuel.

Chapitres concernés :

  • Hist T3a - Les EUA et le monde depuis 1918
  • Hist T4c - La gouvernance mondiale.
  • Géo T2b - Les territoires de la mondialisation

 

, samedi 3 novembre 2012, entretien avec Hubert védrine.

« Les Etats-Unis demeurent numéro un »
Par Alexandre Duyck

INTERVIEW - Ancien ministre des Affaires étrangères socialiste (1997-2002), Hubert Védrine dirige un influent cabinet de conseil. Il propose au JDD son analyse du combat planétaire auquel se livrent Chinois et Américains.

Vous avez qualifié les États-Unis des années 1990 d'"hyperpuissance". Diriez-vous qu'ils le sont toujours? Et la Chine?

J'ai défini ce concept à un moment bien particulier, à la fin des années 90, après la fin de l'URSS, estimant que les Etats-Unis détenaient alors un pouvoir financier, monétaire, culturel, militaire sans équivalent historique. Ca n'est plus le cas aujourd'hui. Si vous me demandez "Qui gouverne le monde?", je vous répondrai : "Personne." Les Etats-Unis demeurent n°1 mais il y a bien sûr la Chine, plus une cinquantaine d'autres émergents, dont de nouvelles puissances.

Pourquoi dès lors ne pas parler "d'hyperpuissance" chinoise?

Quand j'ai défini ce concept, j'ai aussi intégré l'influence extraordinaire de la langue, de la culture, des médias. Pour faire un bon mot, il faut aussi des décennies d'Hollywood et de Walt Disney derrière soi pour accéder au rang d'hyperpuissance. La rapidité de l'expansion chinoise est certes sans équivalent mais le système n'est guère séduisant et tente peu de gens dans le monde sauf quelques chefs d'Etat qui pensent que l'on peut donc jouer la carte du développement économique tout en gardant garder le contrôle politique.

«États-Unis et Chine sont très interdépendants.»

Croyez-vous au déclin américain? Diriez-vous qu'il est dû à la Chine?

Obama n'a pas la puissance d'un Roosevelt, d'un Truman ou même d'un Clinton. Il existe donc au moins un déclin relatif. Les Etats-Unis ont beau donner 1,3 milliards de dollars chaque année à l'Egypte, ils n'ont aucune prise sur les événements qui s'y déroulent. Le leadership des Américains existe et la Chine, bien que de plus en plus puissante dans son environnement, ne peut être comparée aux Etats-Unis. Les dépenses militaires de ces derniers représentent à elles seules près de la moitié des dépenses mondiales. Pour autant, Washington n'est pas en mesure d'imposer ses désidératas aux Chinois, ni aux Russes ni même aux Israéliens.

Que pensez-vous de l'idée d'un G2 virtuel, États-Unis-Chine?

L'hypothèse d'un monde gouverné non pas par un G8 ou un G20 mais un G2 USA-Chine ne tient pas. Ces pays seraient incapables de régler le sort du reste du monde à eux deux. Ont-ils été en mesure d'influer sur les révolutions arabes? Non. Quelle est leur influence sur la Russie ? Très faible. États-Unis et Chine sont par ailleurs très interdépendants. Tu m'achètes mes bons du Trésor, je t'achète tes produits bon marché... La Chine n'a pas de prise sur "l'économie casino" qui a commencé à se casser la figure en 2008. L'enjeu n'est pas sino-américain mais occidentalo-occidental et se résume ainsi : les gouvernements occidentaux parviendront-ils à reprendre le contrôle de Wall Street et de la City?

Chine et États-Unis veulent-ils gouverner le monde?

Les spécialistes de l'histoire et de la culture chinoise assurent qu'il n'existe pas de prosélytisme, d'expansionnisme, qu'il n'y a pas de volonté de la part de Pékin de nous mettre tous à l'heure chinoise. Mais les experts en géopolitique ou en énergie vous disent qu'un tel géant de 1,3 milliard d'habitants suscite de facto une politique de puissance mondiale qui peut, dans le cadre de la défense de ses intérêts, se montrer brutale. Les États-Unis hésitent en permanence : devons-nous nous concentrer sur nos affaires intérieures ou nous occuper du reste du monde, soit en traitant avec lui, soit en le changeant, ne serait-ce que pour garantir notre propre sécurité? Une partie des Américains, notamment parmi les républicains, n'acceptent pas la vision que je vous ai exposée, cette redistribution des pouvoirs. Ils la jugent insupportable, humiliante et angoissante. Ils voudraient qu'à la fin John Wayne débarque et remette de l'ordre là-dedans.

«Qui gouverne le monde? Personne!»

Obama réélu ou Romney vainqueur : quelle vision de la politique étrangère et de la puissance américaines?

Les trois dernières années de son mandat reflètent-elles la vérité d'Obama? Ou bien celui-ci va-t?il se révéler lors de son second mandat? Comment savoir? Aucun signe ne permet de faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Avec Romney, étant donné les divergences entre républicains, c'est encore plus incertain. Quel président serait-il? Le gouverneur du Massachusetts et le candidat à la présidentielle n'ont pas été les mêmes hommes. La seule certitude est que les États-Unis ne peuvent plus mener la marche du monde comme ils l'ont fait dans les années 1990 et encore plus en 1945. George W. Bush a tenté de le faire. Il a échoué. Il n'y a pas de leadership américain sans compréhension du nouveau monde.

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