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James Barr : "La division du Moyen-Orient fut un calcul stratégique"

1 Janvier 2015 , Rédigé par prof Publié dans #hist T3 c - Proche et Moyen-Orient depuis 1918

Un entretien avec un journaliste britannique qui revient sur la signature des accords Sykes-Picot (1916) et ses conséquences sur le Moyen-Orient.

Chapitre concerné : T3c d'histoire - Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale.

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Fiche à réaliser : Utiliser aussi les pages 256 et 262 du manuel d'histoire

  1. Contenu des Accords Sykes-Picot
  2. Objectifs/motivations
  3. Contexte permettant de comprendre leur signature
  4. Conséquences pour le Moyen-Orient

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James Barr: "La division du Moyen-Orient fut un calcul stratégique"

Par Christian Makarian, hebdomadaire l'Express, publié le 23/12/2014

A l'appui de son enquête sur les accords Sykes-Picot de 1916, l'essayiste et journaliste britannique James Barr raconte à L'Express les dessous de l'intense guerre secrète que se sont livrée Français et Britanniques pour le découpage du Moyen-Orient.


James Barr:

Diplomé du Lincoln College à Oxford, chercheur invité au prestigieux King's College, James Barr s'est spécialisé dans le Moyen-Orient.

Stuart Freedman pour L'Express

Son ouvrage est devenu un livre de chevet pour tous les spécialistes de la région. Dans A Line in the Sand-publié par Simon & Schuster en 2011 et pas encore traduit en français- l'essayiste et journaliste britannique James Barr réexamine les accords Sykes-Picot de 1916 et décrypte les incroyables tractations qui ont conduit Paris et Londres à découper le Moyen-Orient au détriment de ses peuples.  

Quel est l'état réel des relations entre l'Angleterre et la France au début du premier conflit mondial?
Depuis que Napoléon avait essayé de s'emparer de l'Egypte pour couper la route des Indes, Londres n'avait cessé de s'inquiéter des menées françaises au Moyen-Orient. Après la prise de contrôle de l'Egypte par les Britanniques, en 1882, les Français ripostèrent en lançant l'expédition Marchand, qui avait pour but de contrôler les sources du Nil, en 1898, et qui se solda par un recul français, à Fachoda, au Soudan. En 1914, plusieurs officiers britanniques en poste au Caire avaient été directement impliqués dans l'épisode de Fachoda, tel que le chef des services de renseignement, qui est alors le supérieur du colonel Lawrence. Au niveau le plus élevé, on trouve également des acteurs du choc franco-anglais au Soudan, comme Lord Kitchener, nommé ministre de la guerre au début de la Grande Guerre, ou même Churchill, premier lord de l'amirauté.

En 1914, la France a donc une revanche à prendre malgré l'Entente cordiale conclue avec la Grande-Bretagne, en 1904?

Les deux sentiments coexistent. Au niveau gouvernemental, les deux nations savent à quel point elles ont besoin d'être alliées contre l'Allemagne, mais en ce qui concerne le Moyen-Orient, les intérêts apparaissent divergents. La guerre en Europe n'interrompt pas cette méfiance réciproque. Un autre facteur joue un rôle important : les deux puissances entendent tirer profit de l'effondrement de l'Empire ottoman. Les Britanniques exercent une hégémonie stratégique, tandis que les Français ont une implication principalement territoriale et sont à la manoeuvre dans les chemins de fer turcs, les ports, les routes, l'électricité. Le modèle français s'exprime dans l'éducation et la culture des élites locales, ce qui induit un autre niveau d'exigence que celui des Anglais.  

Avant même la guerre, en 1912, la Grande-Bretagne renonce à toute ambition sur la Syrie et le Liban, qui n'ont pas, à ses yeux, d'importance stratégique ; la France, elle, estime avoir sur cette zone des droits historiques qui remontent aux croisades. En revanche, les Britanniques tiennent tout particulièrement à contrôler la rive orientale du canal de Suez, qu'ils détiennent, afin de la prémunir contre toute initiative turque, qui utiliserait forcément la Palestine comme la base arrière d'une offensive contre l'Egypte. L'intérêt de Londres pour la Palestine est bien antérieur à 1914.

Il existe aussi une divergence entre Londres et Paris sur les priorités stratégiques...

Pour les Français, la priorité absolue est évidemment de mener la guerre sur le front occidental, ne serait-ce que pour libérer le sol national envahi par les armées allemandes. Les Britanniques ne sont pas en désaccord sur ce point, mais ils pensent que la guerre peut également être perdue à cause du front est, qu'ils considèrent comme très périlleux. A la fin de l'année 1914, poussés à l'offensive par Berlin, les Ottomans déclarent la guerre sainte, le djihad, et s'adressent à tous les musulmans du monde.  

L'Empire britannique compte 100 millions de musulmans ; le soulèvement du Pakistan, de l'Egypte, du Soudan, pourrait constituer un revers qui obligerait à dégarnir le front occidental. Des actions de propagande ottomanes sont constatées, notamment en Egypte, appelant à une rébellion contre les Anglais. Cette donnée accroît la nécessité de vaincre l'Empire ottoman et de l'éliminer au plus vite du conflit. Cette préoccupation sert de toile de fond aux accords Sykes-Picot : la faiblesse militaire de l'Empire ottoman rend la victoire possible sur le front oriental de manière plus rapide que sur le front occidental, mais il reste à convaincre les Français de s'impliquer dans ce deuxième versant de la guerre.  

D'où l'idée de procéder à une répartition de territoires au Levant afin de motiver davantage Paris. La division du Moyen-Orient entre Britanniques et Français est née de ce calcul stratégique. La position anglaise consiste à penser à l'aprèsguerre comme un moyen de gagner la guerre, car, si elle était perdue, tout l'Empire britannique serait perdu.

La suite : cliquez ici            

 

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