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Les BRICS ne cassent plus la baraque

19 Novembre 2016 , Rédigé par prof Publié dans #Géo T2 b - Les territoires dans la mondialisation

Extrait d'un article du Monde, daté du vendredi 14 octobre 2016

Les BRICS ne cassent plus la baraque

Le sommet annuel qui réunit le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud se tient les 15 et 16 octobre 2016 à Goa. Désireux de faire contrepoids à l'Occident, ces pays émergents peinent à concrétiser leur alliance.

Y croit-il encore vraiment ? Quinze ans [2001] après avoir fait un tabac en inventant l'acronyme BRIC, désignant un ensemble d'économies émergentes superstars (Brésil, Russie, Inde Chine), Lord Jim O'Neill semblerait presque vouloir se justifier. Bien sûr, ces pays ont eu leur part de difficultés ces derniers temps, admet l'ancien économiste de la banque Goldman Sachs dans une tribune publiée, le 5 octobre, sur le site d'opinions Project Syndicate. Mais pris ensemble, le poids des quatre membres originels du club - rejoints en 2011 par l'Afrique du Sud - «est à peu près en ligne avec mes projections de l'époque» , se défend-il. Et surtout, estime l'ancien secrétaire d'Etat au commerce des gouvernements Cameron et May, «aujourd'hui comme en2001, les BRICS ont un rôle essentiel à jouer face aux défis mondiaux les plus pressants» .

Les chefs d'Etat et de gouvernement des BRICS seront heureux de l'entendre, eux qui se réunissent en sommet à Goa, en Inde, samedi 15 et dimanche 16 octobre 2016. Il faut dire que la pertinence économique de leur groupe a été plus d'une fois questionnée. Et quoi qu'il dise aujourd'hui, Jim O'Neill n'a pas été en reste: début 2015, il notait que le concept risquait de devenir caduc avant la fin de la décennie, au vu des médiocres performances du Brésil et de la Russie.

Difficile de ne pas prendre au sérieux une alliance qui pèse 22,5% du produit intérieur brut (PIB) mondial, contre seulement 8,5% il y a quinze ans. Mais la part de la Chine en représente à elle seule plus de la moitié (15%), quand celle de la Russie atteint seulement 1,7%... Si le moteur des uns vrombit toujours, chez d'autres il a franchement calé. Chacun suivant des dynamiques propres. «Leurs forces, comme leurs vulnérabilités, sont très hétérogènes» , confirme Thuy Van Pham, économiste chez Groupama Asset Management.

«Cinq nuances d'émergents»

«Ces pays, comme beaucoup d'émergents, ont connu des problèmes et ont subi des ralentissements à des degrés divers. C'est à peu près leur seul point commun» , renchérit un peu cruellement Julien Marcilly, chef économiste de l'assureur-crédit Coface. La Russie et le Brésil s'extirpent difficilement de la récession dans laquelle les a plongés la chute des prix des matières premières. Situation encore aggravée chez le géant d'Amérique latine par la crise politique et les scandales de corruption. La Chine progresse toujours, mais plus lentement. Et l'envolée de sa dette privée ne rassure guère les marchés.

Quant à l'Afrique du Sud, elle fait du surplace, minée par le mécontentement populaire et un pouvoir déliquescent. L'Inde tire son épingle du jeu, affichant depuis deux ans plus de 7% de croissance. Mais elle a aussi ses points faibles comme un taux d'investissement bas et le déficit récurrent de sa balance des paiements courants.

De quoi les BRICS sont-ils donc le nom? «Il s'agit de cinq nuances d'émergents, des pays dotés au départ d'un gros potentiel économique et qu'on avait mis dans le même panier pour les placer sur le radar des gestionnaires d'actifs , rappelle Ludovic Subran, chef économiste d'Euler Hermes. Aujourd'hui, les investisseurs vont préférer regarder la strate d'émergents juste en dessous, comme le Mexique, la Pologne ou l'Indonésie, moins gros mais plus porteurs.» Sonnant la fin d'une époque, Goldman Sachs annonçait il y a un an la fermeture de son fonds BRICS. Après avoir perdu 88% de ses encours depuis 2010, celui-ci était fusionné avec un fonds d'investissement plus large sur les marchés émergents...

Les BRICS disent vouloir tracer leur «propre chemin». Celui-ci passe par leur «Nouvelle Banque de développement» (NBD), créée à l'été 2015 et pensée comme une «alternative» aux institutions existantes

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Quid de l'avenir d'un collectif dont la solidarité de façade masque des intérêts divergents? «Si l'amplitude de la Chine se confirme et s'accroît, elle risque de prendre son indépendance et ce serait la fin des BRICS» , analyse Ludovic Subran. Jim O'Neill, toujours lui, n'a-t-il pas plusieurs fois laissé échapper que si c'était à refaire aujourd'hui, il ne garderait probablement «que le C» ...

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