Trois questions à Jacques Diouf
«70% des pauvres sont des agriculteurs»
Cette année, le cap du milliard de personnes qui souffrent de la faim, un sixième de la population de la planète, a été franchi. A l'occasion de la Journée mondiale de l'Alimentation, le 16 octobre, le directeur général de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture) fait le point sur une situation qui n'a cessé de se détériorer.
Le Nouvel Observateur. - Sous quels auspices s'ouvre cette trentième Journée mondiale de l'Alimentation ?
Jacques Diouf. - Pas sous les meilleurs auspices. C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'autant de gens ne mangent pas à leur faim. La raison principale en est, bien sûr, la crise alimentaire de 2007-2008, avec la flambée des prix des matières premières agricoles qui, même s'ils ont baissé depuis, sont loin d'avoir retrouvé leur niveau antérieur. La récession économique, en entraînant une hausse du chômage dans les pays les plus démunis et en réduisant les transferts financiers des émigrés vers leurs familles, a encore aggravé la situation. Sans oublier la concurrence des biocarburants, qui consommeront cette année 100 000 tonnes de céréales...
N. O. - Que pensez-vous des réactions de la communauté internationale ?
J. Diouf. - C'est un virage à 180 degrés. Le sommet du G8, à L'Aquila, en juillet dernier, a enfin pris conscience de la nécessité d'augmenter les investissements agricoles dans les pays pauvres, alors que la part des pays riches dans l'aide publique au développement n'a cessé de dégringoler : de 17% en 1980 à 5% aujourd'hui. Il était urgent que la tendance s'inverse. 70% des pauvres de la planète sont des agriculteurs. On ne résout pas les problèmes structurels de la faim uniquement en envoyant des sacs de céréales !
N. O. - Quels sont les investissements prioritaires ?
J. Diouf. - Ce sera un des thèmes du sommet mondial sur la sécurité alimentaire, organisé par la FAO, le 16 novembre prochain. Le plus important, ce sont les infrastructures : les routes rurales, les moyens de stockage et surtout l'accès à l'eau. Il n'y a que 4% de terres arables irriguées au sud du Sahara.
Nathalie Funès
Le Nouvel Observateur, Nº2345, SEMAINE DU JEUDI 15 Octobre 2009



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