Voici deux extraits d'articles de l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur (Nº2346, 22-28 octobre 2009). Chacun traite de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.
- Le premier est un entretien avec un historien (Jean-Pierre Azéma) qui décrit l'évolution de la perception des "années noires" en France. De quoi réaliser une bonne fiche pour
réviser.
- Le deuxième est un entretien avec un cinéaste allemand (Volker Schlöndorff) qui a eu du mal à assumer sa "germanité".
Vous pouvez les lire au CDI, ou en ligne sur le site du journal.
En voici quelques extraits :
«Une mémoire moins manichéenne»
Jean-Pierre Azéma, historien, auteur de nombreux ouvrages sur l'occupation
Le Nouvel Observateur. - Comment a évolué notre perception de l'Occupation en soixante-dix ans ?
Jean-Pierre Azéma. - A la Libération, la condamnation de Vichy a été sans appel, et l'épuration sévère, même si cela n'a pas été un bain de sang. Immédiatement, le récit s'est orienté vers
une exaltation de la résistance militaire. «Vous n'avez désiré qu'une chose : continuer la guerre», avait simplifié de Gaulle dès son retour en
France en juin 1944. L'histoire a changé dans les années 1950. Avec la guerre froide, le rôle des communistes dans la Résistance est mis entre
parenthèses et l'on considère, derrière l'historien Robert Aron, qu'il y a eu deux Vichy : une première période «protectrice» jusqu'en 1942, puis un basculement coupable avec Pierre Laval, simple
pion des occupants. Le retour au pouvoir de De Gaulle, en 1958, met fin à ce genre d'interprétation et redonne libre cours à la glorification de la
France libre. Avec la disparition du Général s'ouvre une nouvelle ère, celle du retour des mémoires refoulées. A partir du film «le Chagrin et la
Pitié» (1969) on relativise le caractère résistant de la population française. Les travaux d'historiens comme Robert Paxton décrivent une
France largement pétainiste et attentiste pendant les premiers temps de l'Occupation. La mémoire de la Résistance se fragmente entre résistants de l'intérieur et gaullistes de l'extérieur.
La question juive surgit. Grâce aux recherches de Serge Klarsfeld, et avec Auschwitz et la Shoah, elle
est placée au centre du débat.
N. O. - Où en est-on aujourd'hui ?
J.-P. Azéma. - L'ouverture quasi complète des archives décidée par Lionel Jospin en 1997 a fait progresser la recherche. Désormais, les historiens sont attentifs aux mémoires
communautaires et identitaires - récemment les «malgré-nous» alsaciens - qui ont pu s'exprimer. Mais ils les intègrent dans un tableau général. Quant à l'opinion publique, elle prend mieux en
compte l'ambivalence de cette période symbolisée par le parcours d'un François Mitterrand, entre Vichy et Résistance. On pense la période de l'Occupation de manière moins manichéenne, et c'est un
progrès.
Les débats de l'Obs
Les têtes contre le mur
Le réalisateur du «Tambour» publie de passionnants «Mémoires» et parle de sa double vie entre la France et l'Allemagne, de la chute du Mur et de la réunification
Né en 1939, Volker Schlôndorff est l'auteur de plus d'une trentaine de films
dont «l'Honneur perdu de Katarina Blum» et «le Tambour» (palme d'or à Cannes en 1979
et oscar du meilleur film étranger). Il vient de publier chez Flammarion
ses Mémoires : «Tambour battant».)
Le Nouvel Observateur. - En 1956, à l'âge de 16 ans, vous quittez l'Allemagne pour aller à Vannes, dans un internat jésuite. Quelle Allemagne avez-vous découverte en Bretagne ?
Volker Schlöndorff. - J'ai découvert avec surprise à Vannes des gens qui admiraient l'Allemagne pour sa littérature, sa musique... La première pièce qu'on a jouée au collège était
«Siegfried», de Giraudoux. J'avais beaucoup de mal à m'identifier avec ce Siegfried dépeint par Giraudoux ! Et puis, au printemps 1957, j'ai vu avec tout le collège «Nuit et Brouillard» au cinéma de Vannes. Il faut bien se rappeler que ces images des camps étaient alors inconnues. Resnais a eu l'intelligence de filmer en
couleur de longs travellings sur les clôtures des camps, comme des plans neutres, interrompus de temps à autre par un document. Le choc, et puis soudain les rails de chemin de fer. Voilà la
deuxième image de l'Allemagne que j'ai reçue. D'une part, il fallait que je travaille «Siegfried» et, d'autre part, que je voie «Nuit et Brouillard». Et évidemment, quand on faisait des
excursions, il y avait les bunkers en béton, et déjà un mur, celui de l'Atlantique. Tout cela alors que débarquaient en France les Volkswagen et les machines à laver Miele ! Puis, à Paris, j'ai
commencé à militer avec les gauchistes contre la guerre d'Algérie, comme si ça me regardait, en distribuant clandestinement «la Question» d'Henri Alleg. C'était cela à l'époque, ma germanité.
Jamais aujourd'hui on ne demanderait à ma fille, qui a 17 ans, de définir son identité allemande !
N. O. - Vous écrivez que «rien n'indiquait qu'un jour viendrait où j'abandonnerais presque complètement ma culture pour adopter celle de la France
V. Schlöndorff. - Cela vient du choc causé par «Nuit et Brouillard», et des débats que le film a provoqués. En fait, les élèves étaient beaucoup
moins intéressés que leurs parents, qui tous me posaient des questions. Quand l'obstacle vous paraît insurmontable, la fuite est souvent la réaction la plus simple, et peut-être la plus saine. Et
fuir, pour moi, c'était m'assimiler à un point tel que je ne serais plus allemand. Sans me rendre compte que c'est justement ça, qui est typiquement allemand, de vouloir s'assimiler. Aux
Etats-Unis, à la fin du XIXe siècle, plus de 40% des immigrants étaient des Allemands, et ils n'ont laissé aucune trace de germanité aux Etats-Unis. Ils ont changé leur nom de Muller en Miller,
de Schmidt en Smith, voilà. Au bout d'un moment, j'ai compris que plus je cherchais à m'assimiler, plus je redevenais allemand, et c'est là que j'ai décidé de faire des films. Déjà, quand je
travaillais comme assistant, à Paris, je ne craignais pas de jouer les adjudants : si c'est ça que vous attendez d'un teuton, vous allez être servi ! Et passer pour un dur m'a rendu très
populaire auprès des cinéastes ! Mon premier film, «les Désarrois de l'élève Törless», est très allemand, «le Tambour» aussi revendique une certaine sauvagerie. Cinquante ans après, tout cela me
paraît limpide.
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François Armanet, Pascal Mérigeau
Le Nouvel Observateur
L'article sur Wikipédia présentant le film d'Alain Resnais,
Nuit et Brouillard, son importance historique et
la polémique qu'il a engendré -
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