Mardi 11 novembre 2008
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Aux élèves de TGME
Voici un article pour compléter le cours sur l'état des tensions actuelles. Il analyse la menace terroriste ainsi que les tensions internes aux mouvances islamistes.
A prendre en notes !
Déclin ou regain ?
Al-Qaida contre Al-Qaida
Marie Lemonnier,
6 au 12 novembre 2008
Nouvel Observateur
D'un côté, le livre du théoricien d'AI-Qaida - traduit et publié pour la première fois -qui prône une violence sans limites contre l'Occident ; de l'autre, des appels à cesser les massacres :
la bataille fait rage chez les islamistes. La menace terroriste n'en inquiète pas moins les services de sécurité occidentaux. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, Jean-Pierre Milelli,
spécialiste du monde musulman, analyse la guerre entre deux fondateurs du djihadisme et le devenir de l'organisation de Ben Laden
Les élections américaines ont fait monter la pression des services de sécurité occidentaux. Réunis le 23 octobre, lors d'un symposium international à Berlin, les spécialistes du terrorisme ont
tous exprimé de vives inquiétudes. Le coordinateur de l'Union européenne pour la lutte antiterroriste, Gilles de Kerchove, qualifie carrément l'Afrique du Nord de « cocktail explosif », en
raison de l'activisme de la cellule Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), ex-Groupe salafiste pour la Prédication et le Combat qui a fait allégeance à Ben Laden fin 2006 en promettant de «frapper
es croisés français ». Pour l'ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, la menace est même à son comble. « La situation en Europe est beaucoup
plus sérieuse qu'il n'y paraît, et le niveau du danger, même s’il n'est pas visible, est particulièrement élevé en France. »
Ces déclarations alarmistes interviennent alors même que depuis quelques mois un débat entre experts s'est a vert sur l'avenir d'AI-Qaida. D'un côté, suivant la terminologie de l'islamologue
Gilles Kepel (1), on trouve les « déclinistes », porteurs d'un nouveau discours, qui voit la mort annoncée de l'organisation de Ben Laden à travers ses récents échecs - notamment en Irak et en
Aral Saoudite -, « son incapacité à reproduire une action aussi fin, pante que le 11-Septembre », l'absence d'attentats sur le territoire européen depuis 2005 à Londres et la contestai
grandissante des populations musulmanes, souvent premières victimes des stratégies islamistes. De l'autre, les « triomphalistes », qui pronostiquent un redoublement des violences et une
multiplication des foyers de turbulences, au Pakistan, en Afghanistan ou au Yémen. Au-delà de la polémique, ces querelles d'analystes reflètent un débat qui a éclaté au sein du mouvement
djihadiste lui-même. La première fissure dans le noyau dur du réseau terroriste. Une véritable guerre des cerveaux. Al-Qaida versus Al-Qaida ! Parmi ses dirigeants historiques, certains
constatent que le 11-Septembre n'a pas mobilisé les masses derrière la bannière du djihad et osent désormais la question : « Encore combien de bains de sang ? » Ceux-là appellent à déposer les
armes. A l'exemple du très écouté « Dr Fadl », « gourou du dji-hadisme », qui instruit à présent le procès de Ben Laden et dénonce depuis sa geôle du Caire la violence barbare, les kamikazes, les
meurtres d'innocents... Son manifeste pour le djihad, publié sur internet fin 2007, a produit l'effet d'un tsunami et provoqué la déroute chez les islamistes. Fragilisé, mis sur le banc des
accusés, Ayman al-Zawahiri, numéro deux d'Al-Qaida, redouble pourtant de fanatisme et persiste à considérer les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone comme la «double razzia
bénie de New York et de Washington ».
Contrairement à 2004, où à cinq jours du scrutin Bush-Kerry, Ben Laden avait adressé une belliqueuse harangue vidéo aux Américains, faisant pencher le vote en faveur du candidat républicain, la
redoutée «surprise d'octobre » n'a pas eu lieu. Mais dans une tribune publiée ce mois dans l'« Us News & World Report », Richard Clarke, chef du contre-terrorisme américain entre 1998 et
2003, notait que l'offensive antiaméricaine à l'étranger avait en réalité déjà commencé. « Al-Qaida a organisé le 17 septembre un assaut sophistiqué contre l'ambassade au Yémen, explique-t-il. Le
plan consistait à pénétrer dans l'enceinte, rassembler les Américains et es tuer dans des suicides à la ceinture explosive. » L'opération spectaculaire a fait 16 morts. Le 28 octobre encore, des
attentats meurtriers, portant la marque d'Al-Qaida, frappaient un bâtiment de l'ONU en Somalie.
Alors, certes Al-Qaida va mal, mais Al-Qaida reste éminemment dangereuse. Une grenade dégoupillée au-dessus du monde. MARIE LEMONNIER (1) « Terreur et Martyre », Flammarion, 2008.
Les dix ans du djihad :
1998.
23 février, Ben Laden et Zawahiri créent le Front islamique mondial du Djihad contre les Juifs et les Croisés. 7 août, attentats contre les
ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya : 224 morts et 5 000 blessés.
2000
13 octobre, attentat auYémen contre le destroyer « USS Cole » : 17 morts et 42 blessés.
2001
11 septembre, attentats contre le World Trade Center et le Pentagone. Près de 3 000 morts.
7 octobre, sur la chaîne Al-Jazeera, Ben Laden annonce « la guerre contre la terreur » en Afghanistan.
2004
11 mars, attentats à Madrid: 191 morts et 1 500 blessés.
2005
7 juillet, attentats à Londres : 56 morts et 700 blessés. 23, à Charm el-Cheikh : 88 morts.
2006
7 juin, Zarqaoui, chef d'Al-Qaida en Irak, est tué.
2007
25 janvier, le Groupe salafiste pour la Prédication et le Combat en Algérie devient Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). En novembre, Imam Sayed al-Sharif (« Dr Fadl »), ex-compagnon
d'armes d'Ayman al-Zawahiri (théoricien d'Al-Qaida), appelle à cesser le djihad.
2008
En mars, Zawahiri renouvelle ses menaces. 20 septembre, attentat à l'hôtel Marriott d'Islamabad : 55 morts, 266 blessés.
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